La Rigole du Diable

LA RIGOLE DU DIABLE - 2017

LA RIGOLE DU DIABLE

Théâtre
Création 2018

DISTRIBUTION

Texte : Théo Bluteau
Mise en scène, interprétation et scénographie : Jennifer Cabassu et Théo Bluteau
Regard extérieur : Gaia Singer
Suivi dramaturgique : Marion Aquilina
Chorégraphie country : Anna Carraud
Création sonore : Thomas Bunio
Création lumière : Victor Lassus

NOTE D’INTENTION

UNE HORDE SAUVAGE

Nous voulons raconter ce qu’on ne voit jamais au théâtre : la campagne française dite profonde, et ceux qui la parcourent. Notre point de départ est une petite rivière creusoise qui donne son nom à la pièce. Elle s’est imposée à nous pour deux raisons :
– c’est un endroit magnifique, encore sauvage, où l’on passe brusquement, comme dans un rêve, d’un paysage à l’autre (forêt de feuillus, sapinière, lande, torrent…)
– son nom, « la rigole du Diable », prit à la lettre, nous invite à jouer d’emblée avec les codes du « surnaturel », à créer une fiction.
Nous voulons raconter ce lieu à la manière d’un roman noir. Trois histoires composent les trois actes de la pièce, sans lien explicite les unes avec les autres. Elles sont autant de variations autour de grands thèmes : le rapport de l’homme à la nature, le mal et la cruauté, la solitude, la mort et peuvent être perçues comme trois facettes de la même histoire d’amour, comme trois rêves hallucinés.
Les personnages de La Rigole du Diable sont tous des gens du dehors, plus à l’aise à l’abri des futaies qu’en société, anti-héros déchirés par les douleurs de l’amour : des outsiders, des perdants, des « allumés ». Nous suivons d’abord un couple d’archéologues autour d’une sépulture préhistorique, puis un chasseur solitaire sur la piste d’un grand cerf et enfin une apicultrice farouche. Ils viennent, tour à tour, hanter le théâtre, une histoire après l’autre. Ils ne font que passer, emportés dans leur élan solitaire et violent, sans concession.

GLISSEMENT DE TERRAIN

Nous avons passé de nombreux jours, sur le terrain, à apprendre les techniques de spécialistes et à apprendre leur vocabulaire. Nous ressentions le besoin de faire nous-mêmes l’expérience de ce qu’accomplissent les personnages : tirer à l’arme de jet préhistorique, lire les traces des animaux dans la boue ou récolter du miel. L’écriture de la pièce a été inspirée par les nombreuses rencontres faîtes en battant la campagne et par les moments forts où nous avons pu observer et scruter les savoir-faire. Ces savoir-faire, nous les appréhendons comme un geste poétique car il s’agit avant tout de savoir-regarder. Ces individus ont d’autres regards, aiguisés, attentifs à des détails que nous ne soupçonnons pas. Derrière la fiction violente et noire, se love un hommage sincère et admiratif à ces gens du dehors.

ALLER-RETOUR : DE LA TERRE AU PLATEAU

De nos pérégrinations creusoises, Théo Bluteau, auteur de la pièce, propose des textes et des situations, que nous mettons toujours à l’épreuve de la scène. Nous réécrivons ensuite, depuis le plateau, nous construisons, pas à pas, en allers et retours. Nous choisissons de travailler en duo, en nous répartissant le regard. Quand l’un veille à la cohérence dramaturgique, l’autre prend en charge l’aspect chorégraphique et visuel. C’est en dialoguant que nous avançons, que nous décalons l’autre, que nous nous emmenons, ensemble, dans des terrains inconnus. Notre mise en scène est un dialogue à deux qui sera un dialogue à trois, avec chacun des spectateurs.

NAISSANCE DU PAYSAGE

Notre processus de travail vise à créer un théâtre le plus vivant possible. Nous cherchons toujours les situations de jeu les plus à même de dévoiler l’intime. C’est cela qui nous importe : voir, sur scène, des êtres vivants, dans toute leur humanité, dans toute leur fragilité. Nous voudrions qu’on lise les personnages comme eux lisent le paysage, qu’ils s’offrent comme des géographies à parcourir. L’entrelacs du jeu des acteurs et du texte, les ambiances sonores, les relations tissées avec les spectateurs, la mise en scène, tout doit permettre de rendre le grand passage des hommes et des choses. Que le temps de la représentation, la frontière entre l’agitation du coeur et le dehors se fasse poreuse. Que la nature ne soit ni un décor ni une toile de fond mais une présence sensuelle. Un voyage, simplement.

Théo Bluteau et Jennifer Cabassu